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LE MAGHREB DE SAVERIO BARBARO, Electa, Milano, 1994. Testi di Giandomenico Romanelli e Maurice Arama
Le dernier orientaliste
Giandomenico Romanelli
C'est sans aucune doute à partir du Siècle des lumières que le thème de l'orientalisme a attiré et envoûté la culture européenne et, en particulier, la fantaisie et les expériences existentielles mêmes d'un grand nombre d'artistes et de poètes; mais c'est avec l'explosion de la culture romantique que les voyages exotiques (et vers une "méditerranéité" qui comprenait une gamme de mondes et de langages allant du caractère solaire classique de la Grèce à l'archaïsme monumental des empires égyptiens, à l'univers splendide, fascinant et énigmatique des civilisation du désert) se sont transformés en coutume, en expériences et événements d'une valeur psychologique singulière et pas seulement culturelle ou artistique.
Et il importe peu que cet "exotique-méditerranéen" soit, non seulement bien enraciné en chacun de nous, dans notre horizon et nos sensibilités, mais aussi "physiquement" plus proche du cœur de l'Europe que ne l'est la culture Scandinave ou même balkanique; de fait, la fascination orientaliste a produit, outre des équivoques et incompréhensions nombreuses et indéniables, une réalité culturelle profonde, d'irré-frénables vocations littéraires, des expériences d'art d'une vigueur singulière et brûlante.
L'orientalisme artistique n'a pas eu en Italie la même qualité et la même importance qu'en France ou dans l'empire anglais; il a été surtout marqué par de malheureuses et précaires aventures coloniales. Toutefois, il n'a pas manqué, lui non plus, à partir du milieu du XIXe siècle, d'attirer et de conquérir peintres et poètes italiens: il nous suffira de citer deux artistes ayant travaillé à Venise: Ippolito Caffi (qui nous a laissé de nombreuses vues africaines rêveuses, précises et d'une grande poésie) et Raffaele Mainella (lequel, au début du XXe siècle, a suivi un itinéraire initiatique vers les sources du Nil).
Il est certain que Saverio Bárbaro s'est lui aussi fait ensorceler et séduire par ce monde et par les messages des civilisations antiques et mystérieuses: il a été envoûté par la nature et la lumière, par le soleil et les paysages d'un horizon à la fois féerique et bien réel, tangible, si proche et si familier.
L'Afrique est devenue pour Saverio Bárbaro une tournure d'esprit, une manière d'être et de voir; sans nul doute une clé de lecture et d'interprétation du monde entier. C'est un univers magique que ce monde qui se dévoile dans les violets, les bleus, les cônes d'ombre et dans les éblouissantes étendues solitaires sur lesquelles se découpe un chameau, palpite une tente, s'ouvre le sourire d'un visage.
Dans ces figures primitives et cordiales, dans ce calme déploiement de formes et ces explosions de lumière, la syntaxe picturale simplifiée de Bárbaro trouve sa mesure et son chiffre poétique.
Bárbaro a derrière lui un itinéraire culturel qui, de Venise, lui a fait faire nombre de pérégrinations et de retours à l'intérieur d'un territoire très vaste et une foule d'expériences; cependant, dans sa rencontre avec la réalité du Maghreb, il semble libérer une grande puissance d'expression et une maturité de signes et de couleurs dont les produits s'expri-ments sous la forme d'acquisitions originales et fraîches.
C'est également à travers la recherche graphique, alors qu'il révèle les matrices de son travail, clé commune à autres artistes de sa génération qui se sont formés et œuvrent en terre vénitienne et vénète, que Bárbaro montre la spécificité de son incomparable et très personnelle écriture picturale, en reprenant ses précédentes elaborations, en revenant sur ses expériences et en se reproposant en somme, avec cohérence et engagement, comme un artiste ardent et créatif, comme un chercheur sensible et renouvelé.
Cette étape ultérieure du travail de Saverio Barbaro, si unitaire et si compact dans l'ensemble, s'articule toutefois sur d'innombrables thèmes, suggestions et courants qui sont comme des chapitres d'une longue méditation picturale, des explorations de la fascination passionnée que le Maghreb a tracée dans l'âme de Barbaro de façon indélébile. Le dernier, chronologiquement, de nos orientalistes nous propose donc la vision d'un monde qui est également la dimension de son âme et l'essence même de sa poétique: c'est ce que nous ne pouvons oublier alors que nous abordons ses visions maghrébines méditées, composées et solaires.

